Les équipements culturels s’inspirent de plus en plus des tiers-lieux afin d’adapter leurs projets et leurs espaces aux attentes sociales, écologiques et économiques contemporaines. Analyse de deux exemples de transformation récente : la médiathèque de Bazouges-la-Pérouse en Bretagne et Mixt, un Établissement Public de Coopération Culturelle à Nantes.
Le secteur culturel n’a pas attendu la forte dynamique des tiers-lieux pour travailler de manière ancrée dans les territoires, pour engager un dialogue avec les habitants ou pour interroger les enjeux de société et expérimenter dans des espaces réhabilités. Les friches culturelles, encore appelées “lieux intermédiaires et indépendants” ou désignées sous le nom des “nouveaux territoires de l’art” par les institutions culturelles, ont engagé ce mouvement depuis les années 1980. Cependant les tiers-lieux culturels ne sont pas seulement issus de cet héritage. D’autres expériences apparaissent. Les droits culturels et les réponses aux urgences culturelles liées aux transitions écologiques, démocratiques et sociétales sont développés autrement dans ces lieux. Ils travaillent la notion de culture dans toute son acception, bien au-delà de la seule entrée artistique. Le contexte des politiques publiques des dernières années a eu une influence sur les positions de l’écosystème : baisse générale des financements au secteur culturel versus un soutien fort aux tiers-lieux. Chacun cherche à se positionner dans ce paysage et de nombreuses questions sont posées : les tiers-lieux apportent-ils des réponses aux espaces traditionnels de diffusion artistique en quête de sens, sont-ils porteurs d’expérimentations essentielles dans un contexte de crise ou servent-ils une politique publique qui se désengage de l’intérêt général ? Des travailleurs et travailleuses de réseaux professionnels, des porteurs et porteuses de projets et des universitaires analysent avec nous où en est la notion de culture dans les tiers-lieux.

La dissolution du GIP Tiers-Lieux, qui coordonnait la politique nationale de l’État de soutien aux tiers-lieux vient d’être annoncée. Effective dès la fin du mois d’août, elle met un coup de frein à une stratégie jusqu’ici volontariste, et souvent saluée dans les territoires.
article de Gaëlle Ginibrière
Les tiers-lieux culturels comme méthode ?
programmation ouverte et droits culturels
Face à l’essoufflement des modèles culturels institutionnels, les tiers-lieux inspirent aujourd’hui de nouvelles manières de penser l’action culturelle et la fabrique des espaces. Plus qu’un simple effet de mode, la « programmation ouverte » propose d’inverser les logiques classiques de l’aménagement : partir des usages, des désirs et des pratiques habitantes avant de définir les fonctions d’un lieu. Plusieurs expérimentations esquissent une autre conception des équipements culturels, pensés comme des ressources communes, évolutives et appropriables. Entre urbanisme, droits culturels et démocratie locale, elles interrogent les manières contemporaines de « faire lieu » et de partager la ville.
Arnaud Idelon, « Les tiers-lieux culturels comme méthode ? », Revue Sur-Mesure [En ligne], mis en ligne le 19/05/2026, URL : https://www.revuesurmesure.fr/contributions/les-tiers-lieux-culturels-comme-methode
Selon le référencement 2023 de France Tiers-lieux 51% des tiers-lieux proposent une activité culturelle. Comment ces espaces parviennent-ils à mobiliser des financements pour déployer leur projet ? Comment se travaille la notion de culture dans les tiers-lieux ? Leur approche permet-elle de faire bouger les lignes des politiques culturelles ?
D’une logique de la compétition à une culture de la coopération
"83% des tiers-lieux ont des partenariats avec des acteurs publics, 50% avec des acteurs de l’enseignement, 47% avec des structures de l’insertion dans l’emploi. Ces chiffres, issus du recensement 2023 de l’Observatoire de France Tiers-Lieux, sont éloquents. Mais de quelle nature sont ces alliances ? Comment se structurent-elles et avec quels co-bénéfices pour les partenaires ? Comment aller plus loin et engager d’autres acteurs ? Intervenants : Maxime Baduel (Délégué ministériel à l’ESS), Chahin Faïq (Secrétaire général des Licoornes), Agnès Gaigneux (Gérante des Imaginations Fertiles) ; Animation : Rémy Seillier (France Tiers-Lieux). "

Que recèle l’intérêt des politiques culturelles pour les tiers-lieux ? Et en quoi sont-ils inspirants pour nombre d’équipements culturels ? Arnaud Idelon retrace ici l’évolution d’un mouvement au prisme des attentes des professionnels de la culture.
Tiers-lieux ou premiers-lieux ?
Une affaire culturelle
Jean-Michel Lucas
La culture est très présente dans la dynamique des tiers-lieux, comme l’a bien établi le rapport de France Tiers-Lieux de 2021. Le recensement de 2023 de France Tiers-Lieux révèle ainsi que 51% des tiers-lieux interrogés proposent des activités culturelles, quand 32% d’entre eux disposent d’espaces destinés à la production artistique et qu’ils sont 31% à se définir soit comme tiers-lieux culturels ou lieux intermédiaires ou indépendants. Toutefois, le mot « culture » n’a pas toujours le même sens selon le contexte abordé. Dans ces espaces d’action que sont les tiers-lieux, la culture a plusieurs visages bien différents. Il est vrai que l’usage du mot est ouvert à tout vent ; l’attribut culturel se laisse facilement apprivoiser par qui veut s’en emparer. Pointons ces usages volatiles de la culture avant de se demander quel sens du mot serait le plus propice pour valoriser les spécificités des tiers-lieux, dans notre démocratie.

Ces dernières années, les tiers-lieux se sont multipliés, que ce soit en milieu rural ou urbain, ils se caractérisent par une grande diversité dans leur origine, vocation, gouvernance, modèle économique.
Mais comment s’inscrivent-ils dans les dynamiques territoriales ?
Que sont exactement les tiers-lieux à dimension culturelle ?